Histoire et rôle des canalisations souterraines à Paris

Un autre monde s’étend sous nos pieds ; celui des canalisations souterraines. Si nous oublions parfois qu’elles existent, c’est pourtant grâce à elles que les conditions de vie et d’hygiène des Parisiens se sont nettement améliorées. Au fil des siècles, leur nombre s’est multiplié et leur usage transformé, équipant les villes et améliorant le confort des habitants. À Paris, ce sont 2 600km de canalisations souterraines qui alimentent la population en eau potable, en chauffage, en fibre optique… Alors, comment ces réseaux se sont-ils développés et quelle place occupent-ils aujourd’hui ? Décryptage. 

Les points clés : 

  • C’est Eugène Belgrand qui, dans les années 1850, se chargea du vaste chantier d’assainissement dont est issu le réseau d’égouts actuel.
  • Il existe 10 types de réseaux dans les canalisations souterraines : réseau d’eau pluviale, réseau d’eaux usées, réseau de chauffage urbain, réseau d’eau potable, réseau de gaz, réseau de fibre optique, réseau de télécommunications, réseau d’éclairage public, réseau d’électricité moyenne et haute tension, réseau d’électricité basse tension. 
  • La CPCU exploite un réseau de canalisations interconnectées qui s’étend sur plus de 510 kilomètres. Elle alimente ainsi en chaleur 6 000 points de livraison pour le chauffage et l’eau chaude de ses clients : 1 million et demi de Parisiens.

L’histoire des canalisations à Paris

  • Les débuts insalubres

Jusqu’au début du XIXe siècle, les canalisations souterraines étaient encore peu nombreuses. On comptait seulement quelques réseaux d’égouts qui se déversaient dans les fleuves. Suite à une grande épidémie de choléra, on entreprit à Paris une première opération d’assainissement et de débouchage.

  • Les grands travaux 

En 1850, la capitale était encore une ville insalubre, aux rues étroites, et les épidémies continuaient à frapper la population. C’est à cette époque que le Baron Haussmann se vit confier

la conduite et la réalisation du remodelage de Paris. Il s’entoura d’Eugène Belgrand, un ingénieur français, à qui il céda la responsabilité du service des eaux. Le Baron élabora un plan d’assainissement, tout en s’appuyant sur le génie conceptuel de l’ingénieur. 

Son plan d’assainissement se devait : 

  • D’assurer l’évacuation immédiate des eaux pluviales, industrielles et ménagères, ainsi que le trop-plein des fontaines et bassins. 
  • De distribuer les eaux du service public et du service privé par des conduites, sans créer de bouchon, en n’affectant pas la circulation ni le travail des ouvriers.
  • D’appliquer un système de nettoyage des galeries afin d’évacuer les immondices.
  • De drainer la nappe d’eau présente dans les sous-sols parisiens, pour éviter l’inondation des caves durant les périodes de grandes crues de la Seine. 
  • Une ville sous la ville

Belgrand réalisa des prouesses technologiques. Chaque rue de la ville fut dotée d’une ou de plusieurs galeries souterraines, comprenant des égouts ainsi que des conduites de distribution d’eau, de gaz, d’éclairage et d’air comprimé. Il rendit ces galeries plus opérationnelles pour optimiser les opérations de curage. 

Les successeurs d’Haussmann procédèrent par la suite à certaines améliorations, pour préserver la Seine, polluée par le déversement des égouts. De nouveaux systèmes, de décantation et d’épandage furent installés et accompagnés de la construction des premières usines d’épuration. Le travail d’Eugène Belgrand sera optimisé au fil du temps afin que ces canalisations souterraines se diversifient et s’adaptent aux nouveaux besoins d’approvisionnement.

Le rôle des canalisations à Paris (et ailleurs)

Aujourd’hui, les canalisations souterraines se sont multipliées. Leurs rôles ? Vous garantir un appartement à parfaite température en hiver, de l’eau potable 365 jours par an, un très haut débit de connexion et d’autres services contribuant à votre confort. 

Pour répondre à ces besoins, de canalisations de différentes sortes de canalisations sont conçues et posées par des entreprises. Elles ont pour but d’acheminer divers liquides et matières : eau potable, gaz, pétrole, oxygène, hydrogène, eaux résiduaires, d’égouts, ou encore d’autres fluides pour les réseaux de chaleur et de froid.

Les différents réseaux et leur rôle :

  • Le réseau d’eaux pluviales : il sert à évacuer les eaux de pluie grâce aux caniveaux présents dans la rue et aux chéneaux (conduits en métal placés sur les toits des bâtiments). 
  • Le réseau d’eaux usées : il permet d’acheminer, vers des stations d’épuration, les eaux issues des activités humaines (salle de bains, WC, évier…), mais également des activités agricoles et industrielles. Ces eaux sont traitées dans des centres de traitement et d’épuration pour devenir « propres » (mais pas pour autant potables) et être ainsi rejetées en milieu naturel sans risque de pollution. 
  • Les réseaux d’électricité : ils permettent l’acheminement de l’énergie électrique (haute, moyenne et basse tension) depuis les centres de production (centrale, barrage…) jusqu’aux consommateurs.
  • Le réseau de chauffage urbain : il part d’une chaufferie centrale où l’eau est montée à température puis transportée pour alimenter le réseau de chaleur des logements, bureaux, écoles, hôpitaux et autres bâtiments publics ou privés.
  • Le réseau d’eau potable : sans lui, l’eau ne coulerait pas du robinet ! Puisée en milieu naturel, l’eau est ensuite acheminée, via le réseau d’adduction, vers un réservoir de stockage (château d’eau). Après son traitement, elle est alors distribuée grâce au réseau de canalisations souterraines.
  • Le réseau de gaz : il alimente les particuliers et professionnels en gaz naturel pour le chauffage ou pour la cuisine.
  • Le réseau de fibre optique : récemment mis en place, il est utilisé pour la transmission à très haut débit de données numériques pour internet, ainsi que pour la télévision ou le téléphone. 
  • Le réseau de télécommunications : ce réseau a la particularité d’avoir différentes applications qui servent toutes un seul objectif : transmettre des messages, en passant par la télévision, l’ADSL ou le téléphone fixe. 
  • Le réseau d’éclairage public : des lampadaires aux feux de signalisation en passant par les panneaux publicitaires, il alimente tous les supports d’éclairages publics. Outre ce réseau souterrain, un réseau aérien est aussi utilisé, même si, pour des raisons climatiques et esthétiques, on lui préfère souvent les canalisations enterrées. 
  • Le réseau de chaleur urbain et les canalisations CPCU 

Naissance et évolution du réseau de la CPCU

Délégataire du service public de chauffage à Paris, la CPCU est en charge du réseau de chaleur urbain depuis 1927. Née d’une volonté de répondre au problème d’approvisionnement en chauffage et en eau chaude, elle alimenta en premier lieu les grandes structures, comme la gare de Lyon. 

Aujourd’hui, le réseau de la CPCU s’est étendu. Elle fournit en chaleur 6 000 points de livraison. Grâce à plus de 500km de canalisations souterraines interconnectées et articulées par 800 chambres de vannes, elle livre en chaleur 1/4 des bâtiments parisiens. Ses canalisations souterraines se composent d’un réseau vapeur principal, de boucles de réseau d’eau chaude ainsi que d’un réseau de retour d’eau. Toute l’année, la vapeur y circule sans interruption, permettant de fournir en chaleur les bâtiments.

Quelques chiffres clés : 

  • Un réseau de plus de 500km de canalisations souterraines 
  • 8 millions de tonnes de vapeur d’eau produites par an pour alimenter en chaleur 6 000 points de livraison
  • 27 boucles de réseau d’eau chaude 
  • Un réseau de retour d’eau de 380km

Le saviez-vous ?

La CPCU a permis à la capitale parisienne de bénéficier d’un des premiers réseaux de chaleur urbain au monde ! Le réseau n’a jamais cessé de fonctionner depuis sa création, même pendant la guerre. 

Comment fonctionne ce réseau ?

La production de vapeur nécessite de la chaleur et de l’eau. La CPCU a installé ses principales chaufferies en bordure de Seine. L’eau de Seine est ainsi pompée puis osmosée afin de limiter les effets corrosifs de la vapeur dans les canalisations du réseau.

Pour éviter toute perte thermique, canalisations et vannes sont isolées et recouvertes d’enveloppes calorifuges. La livraison s’effectue par l’intermédiaire d’un échangeur thermique, situé dans le local technique de chaque bâtiment, transférant les calories du réseau CPCU au réseau de chauffage interne de l’immeuble, sans contact entre les deux réseaux. 

Une fois débarrassée de sa chaleur, la vapeur se condense en eau et continue sa route via le réseau de retour d’eau. L’eau est redirigée vers les chaufferies CPCU où elle servira de nouveau à produire de la vapeur avant de repartir vers les postes de livraison. La fourniture de chaleur par le réseau fonctionne en circuit fermé et l’ensemble du réseau est supervisé dans une salle de contrôle qui fonctionne toute l’année 24h/24.

Au fil du temps, le réseau de la CPCU s’est étendu et modernisé. Devenant de plus en plus performant et respectueux de l’environnement, il s’efforce de répondre aux enjeux énergétiques et durables de la ville.