Rencontre avec Edouard Lecompte, responsable du pôle Energie chez Immobilière 3F

Ingénieur Energie et Environnement, il a travaillé une quinzaine d’années au sein de bureaux d’études sur des sujets énergie et climat. Aujourd’hui, il est responsable du Pôle Energie au sein de la Direction groupe de la rénovation durable et de l'innovation chez Immobilière 3F (I3F).

Maison mère du groupe 3F, filiale du groupe Action Logement, Immobilière 3F gère un parc de près de 140 000 logements sociaux, situé en Ile-de-France.

Rencontre avec Edouard Lecompte pour évoquer les enjeux de fourniture de chaleur d’I3F et la solution que représente l’énergie du Réseau de Chaleur Urbain sur le territoire parisien.

 

Quels sont les grands enjeux d’Immobilière 3F dans le cadre de la fourniture de chaleur et comment le pôle Energie y répond ?

Une part importante de notre mission est d’établir la stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre, en développant notamment la part des énergies renouvelables et de récupération dans le mix énergétique de nos résidences.

En tant que bailleur social, la maîtrise des charges de nos locataires est prioritaire, en particulier dans un contexte de crise énergétique et d’inflation. Pour s’en assurer, nous travaillons en premier lieu à l’amélioration de la performance énergétique de notre parc en menant régulièrement d'importantes opérations de réhabilitation sur nos sites et en particulier sur les plus énergivores.
Une fois que cette partie est traitée, nous recherchons en complément des sources d'énergie dont les coûts sont maîtrisés et stables dans le temps. C’est le cas des énergies moins carbonées et majoritairement composée d’énergies renouvelables, en comparaison avec les énergies fossiles comme le gaz.

Inscrite dans la politique environnementale d’I3F, la réduction des émissions de gaz à effet de serre liées à l'énergie consommée dans nos bâtiments est également un enjeu fort. Etant donné le poids de notre structure ou même du groupe 3F dans l'ensemble du parc social français, cet engagement est une pierre à l'édifice de la décarbonation du secteur du bâtiment, telle que la SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbone) l’a fixée pour l'État français.

 

Quels sont les bénéfices de raccorder vos bâtiments au Réseau de Chaleur Urbain de Paris ?

A l’échelle de la capitale, le Réseau de Chaleur Urbain est un vecteur énergétique qui se démarque à plusieurs niveaux.

C’est une solution qui permet de décarboner massivement l’énergie consommée grâce à son mix majoritairement composé d’énergies renouvelables et de récupération.

L'intégration d'énergies renouvelables dans Paris est plus complexe que dans des villes où il serait possible d’opter plus facilement pour de la géothermie (foncier disponible) ou de la biomasse. Concrètement dans Paris, il est inenvisageable de sacrifier des logements pour mettre un silo à pellets.

En plus d’un aspect environnemental, il y a également un intérêt technique dans la conception et l’exploitation des installations.

A titre d’exemple, sur des bâtiments denses, le solaire thermique permet de couvrir uniquement une partie des besoins. Un autre vecteur énergétique est nécessaire en appoint, ce qui complexifie le montage des opérations.

Être raccordé au Réseau de Chaleur Urbain permet aussi de simplifier l'entretien et la maintenance des installations en externalisant les unités de production. On réduit également le risque d'interruption de service par rapport à une chaudière qui serait installée dans le bâtiment.

C’est donc le moyen d’offrir une bonne qualité de service à nos locataires en termes de continuité de service avec des coûts maîtrisés, comme nous l’avons abordé précédemment.

 

Un exemple de projet de rénovation énergétique avec raccordement au Réseau de Chaleur Urbain de Paris ?

Nous sommes en train de réhabiliter un bâtiment de l’époque Art Déco de 1920, Avenue de Corbera dans le 12e arrondissement. Il abrite 255 logements sociaux. L’enjeu est de diminuer les charges locatives élevées du fait de la typologie du bâtiment et de son mode de fonctionnement. Anciennement équipé de systèmes de chauffage électrique et de production d’ECS individuels, les travaux ont permis de passer à un mode de chauffage collectif. Nous avons donc choisi de le raccorder au Réseau de Chaleur Urbain. Les travaux qui ont commencé à l’été 2022 sont en cours de finalisation et la mise en service aura lieu très prochainement.

Les bureaux d’études qui nous ont accompagnés ont montré que cette opération de réhabilitation permettra de passer d’une étiquette de DPE ‘E’ à une étiquette de DPE ‘A’ en termes de consommation énergétique et de ‘C’ à ‘B’ en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Le gain de carbone sera approximativement de 88 tonnes d’équivalent de CO2 par an.

Edouard Lecompte
« C'est une opération emblématique pour Immobilière 3F car à notre connaissance, ce serait une des premières réhabilitations qui permettrait un gain aussi fort en termes de performance énergétique. »
Edouard Lecompte, Responsable du pôle Energie chez Immobilière 3F

Le calcul du Diagnostic de Performance Energétique (DPE), prend maintenant en compte les émissions de gaz à effet de serre en plus de la consommation énergétique. Les passoires thermiques (étiquettes G, F et E) ne pourront plus être louées - respectivement - à partir de 2025, 2028 et 2034.

Cet exemple démontre qu’il est possible d'atteindre une étiquette très performante, même en passant d’un vecteur électrique à un vecteur thermique comme un réseau de chaleur.

La double grille de lecture du calcul DPE nous incite à aller chercher des vecteurs énergétiques qui sont décarbonés, au-delà des solutions classiques fonctionnant à l’électricité.

En passant d’un système au gaz à l’énergie d’un réseau de chaleur avec des énergies renouvelables et de récupération, le gain en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre est important. Et en termes de consommation d'énergie finale, on reste à peu près constant.
A l’inverse, en passant à l’électricité, bien que le gain sur les émissions de GES soit également important, les consommations d’énergies (conversion énergie finale / énergie primaire) et les charges locatives pourraient se retrouver augmentées.

Nous cherchons donc un vecteur d'énergie qui permet également de maintenir une note carbone satisfaisante compte tenu de cette double grille de notation énergie primaire / émissions de GES. Le Réseau de Chaleur Urbain de Paris permet de remplir toutes les cases.

 De futures projets avec la CPCU ?

Oui, plusieurs projets sont prévus :

- le raccordement, envisagé en 2024, d'un immeuble situé rue de Nantes dans le 19e arrondissement, dont la réhabilitation lourde nous a également permis de passer d'un système de chauffage et d’eau chaude sanitaire individuel à un système centralisé.

- le raccordement de trois autres bâtiments qui vont représenter à peu près 160 logements d’ici 2 à 3 ans.